• lesensdesreves

Un vent de liberté

Le 8 mai, la fin du confinement… En mai, nous fêtons décidément les libérations. J'ai eu envie, aujourd'hui, de vous parler de liberté.


Rêve et liberté. Pourquoi est-ce important pour nous d’être libres? Que nous disent les rêves à ce sujet? Suis-je libre? Vit-on dans un monde libre? Jusqu’où ma liberté est-elle montrable, décente? Est-ce que la liberté s’arrête vraiment là où commence celle des autres? Les questions se superposent et il est difficile de démêler l’écheveau. Je vous demande d’avance de me pardonner ma foison de suppositions quand j’essaie, en réalité, de tirer ceci au clair. La liberté, pour moi, c’est l’enjeu de toute une vie. Et c’est le message principal que m’ont délivré les rêves, en petit comme en grand. J'aimerais vous expliquer comment. Mais avant, j'aimerais savoir si vous avez fait le même constat que moi.  Je suis surprise, car à chaque fois que j’aborde ce sujet de la liberté, on me répond « débordement ». Pour ceux qui passent à proximité de moi et de mes questions, apparemment, la liberté s’arrête bien là où commence celle des autres. Etre libre, ce serait être libre de faire n’importe quoi, de se défouler en abîmant les autres au passage, en leur écrasant joyeusement les pieds. Et c’est parce que les autres existent - menaçants, d’ailleurs - que nous ne serions pas tout à fait libres, que nous nous retenons, que nous édictons des règles de vie en commun. Mais si nous regardions les choses autrement? Pourquoi est-ce que la liberté est tout de suite comprise comme synonyme de défouloir et excès? Serions-nous à ce point brimés? C’est une question pernicieuse. Je pense que pour une grande majorité d’entre nous, la réponse est oui. Ainsi, on donne mauvaise presse à la liberté. La liberté c’est l’anarchie, on s’empresse de justifier tous les gardes-fous que nous avons accepté d’ériger et intégrés. Les autres, desquels nous sommes séparés et protégés par ces barrières, acceptent, comme nous, avec toutes les souffrances que ceci suscite, de se brimer, de se rédimer et chacun s’observe en chien de fusil dans une espèce de guerre froide permanente. La liberté, dans ce cas, s’arrête bien là où commence celle des autres. On dirait une malédiction. Sauf que ce tableau déprimant n’est que le fruit d’un conditionnement, une éducation en quelque sorte. Une éducation à refaire. Ne fût-ce que parce qu’elle nous conduit dans une impasse. Les rêves, par lesquels notre âme s’exprime (et non notre mental, celui qui est conditionné et séparé des autres), nous invitent à voir la vie autrement et nous rappellent que nous sommes nés pour être libres. Ils nous rappellent que récuser cette liberté, c’est se détourner du bonheur de vivre et du but de notre existence sur Terre. C’est mépriser, quelque part, la vie qui coule en nous. Etre libre, ce n’est pas écraser les autres. Les autres ne sont pas menaçants. C’est la méfiance, la défiance même à laquelle on nous habitue qui les rend menaçants. Les autres sont absolument comme nous. Nous sommes tous, en réalité, en train de vivre l’aventure de la vie. Nous sommes liés les uns aux autres, bien plus unis que nous le croyons. Nous évoluons en lien étroit et indissociable avec notre environnement et avec le reste du vivant. Et la liberté, dans tout ça, comment faire pour la cultiver? Comment faire pour débusquer tous les espaces dans lesquels, à l’intérieur de moi, j’accepte l’esclavage, sous une forme ou sous une autre? J’accepte la privation de liberté, ce qui, bien-sûr, se trouvera mis en évidence tôt ou tard par une rencontre, par une situation-miroir que j’aurai, à mon insu, créée pour me montrer la prison intérieure consentie que j’abrite parfois. C’est donc vers notre coeur que notre regard doit se tourner, pour mettre en lumière tous ces espaces de servitude, de contrainte, d’irrespect, voire d’indignité. Car une fois exhibés au grand jour et soignés, aimés, ils deviendront inactifs. Comme un virus inactif, une bombe désamorcée. Et, comme par enchantement, nous ne serons absolument plus réceptifs aux situations de la vie censées appuyer là où ça fait mal. Car nous serons alors guéris - sur ce point en tout cas -. Les rêves, en nous alertant sans cesse sur ces blessures inconscientes, sur ces zones d’ombre, ces zones dans lesquelles nous ne faisons pas honneur à notre liberté, où nous ne nous respectons pas, nous aident à éclairer et à aimer ces failles pour les colmater.  Et le reste -je veux dire l’extérieur, "les autres" - suivra naturellement. Je me suis donc posé la question. Quand suis-je privée de ma liberté? Quand est-ce que je ne suis pas libre, à l’intérieur de moi? Situation qui, si elle reste inconsciente, finira par se manifester à l’extérieur de moi comme un doigt pointé sur ces parts d’ombre. Je suis pas libre quand je me sens honteuse ou coupable d’être qui je suis. Je m’enferme quand j’accepte une servitude, quelle qu’elle soit: un métier, un emploi, un mariage, n’importe quelle contrainte, même anodine, qui prend le visage de l’affection pour s’immiscer, un sentiment d’être redevable…. Je ne suis pas libre quand j’ai peur. Je suis asservie quand je laisse le jugement des autres m’empoisonner la vie. Je suis réprimée lorsque je crois que je dois bien m’en sortir toute seule au risque de perdre la face et que la tension générée se transforme en maladie. Je suis prisonnière de mon orgueil aussi lorsque je pense « et si je ne m’occupe pas de tel ou tel problème, qui le fera » ou encore « c’est à moi de tout faire » ou encore « il faut.. ». Je suis paralysée lorsque je crains de livrer un travail, une oeuvre, un devoir ou une réalisation imparfaite au monde qui m’entoure. Je suis prisonnière lorsque je porte un masque de convenances et que j’étouffe à l’intérieur. Ces exemples dans lesquels j’abdique ma liberté intérieure, mon libre arbitre, ma liberté de choix, ma liberté de dire non, où je me laisse manipuler, effrayer, persuader par désir d’être conforme, d’être aimée sont innombrables. Tous ces cas de figure peuvent être déclinés à l’envie pour chacun d’entre nous. L’orgueil, le perfectionnisme, l’illusion de la séparation, l’illusion d’être seul capable, seul au monde, le manque d’humilité, la croyance selon laquelle je ne serai pas complète, pas suffisante, le besoin de plaire, d’être validée par l’extérieur (quand la boussole intérieure manque) sont autant de croyances limitantes implantées au moins depuis l’enfance que les rêves peuvent nous aider à dégommer. Voici le rêve de Daniel, un homme de 65 ans qui a fait carrière dans le monde de la politique et des finances. Dans son ancien métier, Daniel souffrait de stress. Il aime à dire qu'il a retrouvé le sommeil en partant à la retraite et j’apprends qu’il a été sous anti-dépresseurs pendant plusieurs décennies. Aujourd’hui, Daniel n’a conservé de cette époque de sa vie que quelques difficultés d’élocution et une passion pour la peinture, son échappatoire artistique. Il est très doué. Daniel rêve de son ex-femme. Elle est chez lui et refuse de quitter son appartement. Il s’insurge. Il lui lance qu’elle n’a plus rien à faire ici, il ont divorcé il y a 10 ans tout de même! L’interprétation de ce rêve est difficile car Daniel est bouleversé. Ses relations avec son ex-femme sont, en réalité, plutôt mauvaises. Il aimerait refaire sa vie et est scandalisé de rêver d’elle, se croit hanté et pris en otage inconsciemment par cette femme qui, d’après ses dires, lui a gâché sa vie. Il est effaré « se peut-il que je rêve d’elle?!! ». Et, dans sa bouche, ces termes indiquent qu’il se croit victime d’une espèce d’ensorcèlement. Daniel est un habitué de la psychanalyse et des thérapies, il pense avoir déjà compris ce rêve: il serait inconsciemment encore prisonnier des griffes d’une virago qu’il déteste et qui lui suce le sang. Tout doucement, j’oriente l’entretien sur ses dons artistiques, pour qu’il se détache peu à peu de ses certitudes. Daniel me montre ses tableaux, que je trouve très réussis. Hors du commun. En même temps, il s’excuse presque d’oser peindre, il se pense bien piètre artiste, lui, l’homme de rien…. Je reviens à son rêve. La scène du rêve se déroule à l’intérieur de son appartement. Ce qui porte à croire que le rêve lui parle de sa vie intérieure… Il y aurait, dans sa vie intérieure, un dynamisme féminin (représenté par l’ex-femme), donc une réceptivité, une façon de ressentir, percevoir les choses …. qui n’a plus rien à faire ici!! Une part de Daniel, une part de son être, une part qui est sensible, réceptive devrait, depuis longtemps, avoir pris la porte. Il n’est pas normal qu’elle soit encore là. Le rêve insiste en scandalisant et en effrayant Daniel (dont les émotions font des montagnes russes). C’est qu’il est important pour le rêve (pour l’âme de Daniel qui s’exprime dans ce rêve) que notre rêveur comprenne à quel point il est incongru et nocif de continuer d'héberger en lui cette part de lui-même. Alors que Daniel continue de se plaindre de son ex-femme, de son ancien travail qui exigeait tant de lui, et de son manque de talent en tant que peintre, je lui pose tout d’un coup la question: « Ton ex-femme était-elle perfectionniste? ». Et il explose, du tac au tac « Oh oui!!! Et comment! C’était une horreur! Rien n’était assez parfait pour elle, c’était insupportable ». "Dans ce cas", dis-je en riant, "tu vois bien le sens de ce rêve: tu comprends quelle part de toi-même tu aurais dû depuis longtemps mettre à la porte car elle te pourrit littéralement la vie. Et, tant qu’elle est là, tu n’es pas libre." Effectivement, après un divorce, on est censé retrouver sa liberté, non? Alors en effet, Daniel était bien encore prisonnier des griffes d’une virago qu’il déteste et qui lui suce le sang. Sauf que ce n'est pas celle qu'il croit. Dans ce cas de figure, c’est le perfectionnisme qui a parasité Daniel pendant de longues années. Un perfectionnisme qui a empoisonné sa vie professionnelle, finissant par provoquer un stress tel qu’il en a perdu le sommeil et une partie de son élocution, qui l’a rendu malheureux et malade. Un perfectionnisme qui lui permet d’affirmer qu’il est « nul » en peinture quand son talent est manifeste. Un perfectionnisme qui le pousse à se faire violence, à rabrouer la beauté de son coeur et de son être, à ne pas faire honneur à son incarnation, à rester prisonnier d’un carcan, à rester toujours à mi-chemin, lui, l'homme de rien.. Dans ses relations dans le monde extérieur, cette part de lui-même qui le gangrène va manifester un mariage toxique qui mettra justement en valeur ce travers et la douleur qu'il suscite. Et la tentation, pour Daniel, est grande de faire porter le chapeau à son ex-femme. Mais quand nous accusons l'extérieur de nous enfermer, de nous brimer, c'est tout simplement qu'il met en relief nos emprisonnements intérieurs. Le rêve vient mettre en lumière, par une petite scène toute simple et suffisamment bouleversante pour le rêveur qu’il est absurde, aujourd’hui, de continuer d’héberger en son for intérieure cette part de lui-même si bien campée par l’ex-épouse du rêve. Si notre rêveur, fort de son libre-arbitre, choisit de se pardonner, choisit l’humilité et pose une toute petite action pour aller dans le sens conseillé par le rêve (exposer quelques peintures par exemple?), il pourrait bien guérir de sa tristesse chronique et retrouver la liberté de vivre. Le perfectionnisme est une façon parmi d’autres de se paralyser, de se priver de liberté et j’ai choisi cet exemple-là mais chaque cas de servitude intérieure pourrait être illustré par un rêve qui, même s’il trouble et déstabilise au premier abord, nous donne, dans toute son ingénuité, les clés de cette liberté essentielle et nécessaire à notre vie comme l’air que l’on respire. Bon mois de mai et au plaisir de vous lire en retour,  Sandrine


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